La Biodanza, Danse de la Vie

Protéger la Vie en soi, autour de soi et prendre soin les uns des autres

Article paru dans le numéro de juillet 2020 du magazine « être plus »
crédit photos : Fred Scalliet

Depuis quelques mois, nous devons nous habituer à nous rencontrer sans se serrer la main, sans se faire la bise. Quel impact cette distanciation physique aura-t-elle à long terme sur nos relations sociales ? Car l’être humain est un être de contact et son instinct grégaire est à la base de sa survie.

Avant le 14 mars (date du confinement), en tant que facilitatrice et didacte de Biodanza,  j’avais la chance de pouvoir nourrir cet instinct grégaire toutes les semaines avec notre tribu d’Overijse.  Le groupe offre un contenant sécurisant et un contact affectif bienfaisant. Aujourd’hui cette privation de contact est une épreuve.

Pour la Biodanza, le contact physique  est plus qu’une détente ou un bien-être. Rolando Toro a conçu la Biodanza dans les années 60 pour faire face à l’insensibilité et l’indifférence déshumanisante dans la société. Il considérait même l’étreinte et la caresse comme un acte politique pour changer le monde.

La Biodanza est une méthode qui utilise le mouvement, la danse spontanée (accessible à tous)  sur des musiques du monde pour nous aider progressivement à  mieux déployer notre potentiel. Au centre de cette méthode se retrouve la protection de la vie (à l’intérieur de soi comme à l’extérieur) appelé le principe biocentrique.

On ne s’y nourrit pas des « il faut, tu dois » mais des « je veux, je désire, j’aime ou j’aime pas »… par la stimulation de vivencias intégrantes : c’est-à-dire des moments intenses de vécu dans l’ici et maintenant. Ce qui augmente notre élan vital et notre joie de vivre.

La Biodanza est avant tout la poétique de la rencontre. Elle nous reconnecte à notre nature profonde grâce à la bienveillance des gestes tendres et du regard émerveillé porté sur l’autre. D’ailleurs les biodanseurs disent souvent qu’en entrant dans la salle, ils sentent qu’ils arrivent « à la maison ». Car ici on peut être soi, on n’a pas besoin de paraître.
Cette  vraie nature humaine, c’est l’Amour. « L’Amour est beaucoup plus qu’aimer son chiot, ses enfants, son mari. L’Amour est une puissance organisatrice qui existe dans chaque être humain et qui transcende l’individu.  Réveiller cette force, qui est une force cosmique, c’est la finalité de la Biodanza.» (Rolando Toro)

Comment se déroule une séance ?

Chaque séance est différente ! Depuis 7 ans,  Joëlle Huaux (mon inséparable co-facilitatrice complice) et moi co-créons et animons avec bonheur des séances hebdo de Biodanza. Nous n’avons jamais animé deux fois la même. Nous prenons un thème et nous le développons. Cette année, nous avançons sur l’Estime de soi !

En début de séance, on se retrouve assis en cercle pour commencer le temps de la parole vivencielle. Celle qui vient du cœur et du ressenti, de ce qui se vit à l’intérieur. Cela permet de faire un lien entre la vivencia précédente et le quotidien. Il n’y a pas d’obligation à parler, bien à s’écouter sans jugement. Quand je les entends parler, je suis émerveillée de voir les effets positifs de la Biodanza, qui offre une réelle rééducation affective.
Frédéric nous a témoigné d’être plus à même de voir ses qualités et même d’être capable de les nommer en réunion. Romy nous a confié comme elle ose exister face aux autres et reste centrée en cas de conflit.  Olivier a raconté comment il a pu mettre en mouvement et en relation de manière créative sa famille… des petits miracles du quotidien qui ne font pas de bruit mais tellement de bien !

Ensuite la séance (appelée vivencia) dure environ 1h30. Le(s) facilitateur(s) donne(nt) les consignes des danses avec de courtes démo afin d’activer les neurones miroirs. Ces consignes sont pratiques, poétiques et existentielles. Une fois la musique démarrée on ne corrige pas et on respecte le libre arbitre pour celui qui ne souhaite pas faire cet exercice. Chaque participant interprète à sa manière, apportant sa couleur, exprimant ses sensations et émotions dans la danse. Le tout sans parler afin de pouvoir être dans le ressenti.
 Au fur et à mesure des séances, la confiance mutuelle s’installe dans le groupe grâce au feed-back ;  Chacun est invité à communiquer à l’autre de manière non-verbale son besoin du moment.

Au départ de la séance, ces danses sont vitalisantes et élèvent l’humeur endogène, avec des jeux qui procurent du plaisir et permettent de sortir sa créativité et lâcher le mental, souvent sérieux et contrôlant.

Dans un deuxième temps, les musiques ralentissent pour nous aider à nous connecter davantage à notre sensibilité, notre fluidité. Aller vers plus de repos et aussi plus de lien avec les autres et l’univers dont nous faisons partie. Un délice qui procure une vraie rénovation organique, qui nous permet de sortir transformés et nourris à la fin de chaque vivencia.

Je constate aussi les bienfaits que cela procure aux couples qui nous rejoignent,  Philippe Brasseur (mon mari préféré :-) et moi, pour des soirées Biodanza en couple.
« Mon impression physique dans la danse en couple était une joie profonde. C’était bon de se remettre en mouvement. Il y avait quelque chose des premières heures de notre rencontre qui était là, entre nous deux, dans les voltes et vire-voltes de la danse. Et j’ai eu l’impression de ressentir cette joie innocente et fondatrice sur les visages de chacun. (Jean) »

J’ai aussi eu l’immense plaisir de voir comment la Biodanza pour enfants à l’école impacte positivement la confiance en soi, la créativité chez les enfants et le climat de classe.
( cf mon film sur youtube : Biodanza à l’école )

La Biodanza m’a aidé à devenir plus celle que je suis vraiment,  et à oser faire le pas de quitter mon travail d’inspectrice de l’enseignement pour devenir coach créative et corporelle. Aujourd’hui, j’aide les personnes à aligner ce qu’elles pensent, ce qu’elles ressentent et ce qu’elles désirent. Cela leur procure de la paix et leur permet de déployer leur élan vital et d’être créateur de leur vie. (Sabine Houtman)

Illustrations Philippe Brasseur  © 2020 Sabine Houtman